Le MUSEUM DES SENTIMENTS est né d’une archéologie sensorielle intime, d’un désir de cartographier les territoires émotionnels et de donner une forme à ce qui, par nature, échappe au regard, à la mesure et parfois même au langage.
Il repose sur une conviction aussi simple qu’utopique : les sentiments méritent un musée.
Car si l’humanité conserve précieusement les traces de son histoire, de ses civilisations et de ses découvertes, où préserve-t-elle la mémoire de ce qu’elle éprouve ? Où expose-t-elle l’amour, le désir, l’absence, la peur, l’espérance ou la consolation ? Comment donner une existence tangible à cette matière invisible qui façonne pourtant nos vies, nos relations et notre rapport au monde ?
J’ai imaginé un musée intérieur, conçu comme un labyrinthe énigmatique de 150 salles, chacune consacrée à un sentiment, une émotion, un état d’âme ou un objet affectif. Un espace sans raccourci, où chaque visiteur devrait traverser l’ensemble des salles, comme une métaphore de la condition humaine et de ses multiples expériences émotionnelles.
Pour donner corps à cette architecture de l’invisible, je convoque différents langages artistiques : images composites, cartographies imaginaires, installations, matières, objets symboliques et créations olfactives. L’odorat y occupe une place particulière, par sa capacité à réveiller les mémoires enfouies et à faire surgir des paysages intérieurs que les mots ne savent pas toujours restituer.
Je détourne également les codes de la science, de la classification et de la muséographie pour inventer une taxonomie poétique des sentiments. À travers un tableau périodique des émotions, des nomenclatures, des correspondances et des géographies sensibles, je tente d’ordonner ce qui, précisément, résiste à toute tentative de classement.
Cette volonté de répertorier l’insaisissable constitue l’un des paradoxes fondateurs du Museum : comment conserver ce qui ne cesse de se transformer ? Comment exposer ce qui ne se voit pas ? Comment donner une forme universelle à ce qui demeure profondément singulier ?
Si ce projet puise ses origines dans mon histoire personnelle, il ne cherche pas à en livrer le récit. Je n’apparais jamais dans mes œuvres. Le Museum est un autoportrait dissimulé, composé de fragments, de traces et d’identités chimériques. Une manière de rendre l’intime perceptible sans l’exhiber, et de laisser à chacun la liberté d’y reconnaître quelque chose de lui-même.
À une époque où les émotions sont souvent simplifiées, codifiées, quantifiées ou réduites à quelques signes numériques, le MUSEUM DES SENTIMENTS revendique leur complexité, leur ambiguïté et leur irréductible singularité. Il propose de leur accorder du temps, de l’espace et une véritable dignité.
Pensé comme un musée utopique, poétique et nomade, il n’a pas vocation à demeurer enfermé dans un lieu unique. Il peut prendre forme au sein d’institutions culturelles, de lieux patrimoniaux ou d’espaces inattendus, à travers des œuvres, des installations et des parcours sensibles qui en révèlent progressivement les collections imaginaires.
Le MUSEUM DES SENTIMENTS est une œuvre en perpétuelle construction, à la frontière de l’art, de la mémoire, de la poésie et des sciences humaines.
Un musée qui ne prétend ni expliquer ni guérir, mais rendre visible, sensible et partageable une part essentielle de notre humanité.
Car préserver la mémoire de ce que nous ressentons, c’est aussi préserver ce qui nous relie les uns aux autres.